Yves Philippe de FRANCQUEVILLE ou les prémices d\'une quête existentielle

Yves Philippe de FRANCQUEVILLE ou les prémices d\'une quête existentielle

Combattre est déjà une défaite

Notes N°227 & X16, commentées; extraites de la première liasse des écrits de Yves Philippe de FRANCQUEVILLE :

 

 

 

« Combattre est déjà une défaite » !


 

C'est une admirable affirmation déjà prononcée en japonais par un maître du karaté : Gichin FUNAKOSKI.

 

L'homme aime tant la guerre… et lorsqu'il ne s'entre-tue pas, il se plaît à regarder les mises à mort en place de grève ou espère voir couler le sang du sacrifice dans la corrida.

Il y a certainement davantage de codes d’honneurs chez les animaux que chez les humains.

Après la loi du talion, étape significative qui réglementait une vengeance équitable… il y a eu l’art de la guerre de Sun ZI… Et malgré les tentatives construites autour du pardon dans le christianisme primitif, tuer son prochain reste une spécialité humaine ! Le Prince de Machiavel nous y invite avec classe… Les chevaliers aussi savaient parfois se battre en honorant des règles ; et les pirates restent assurément les plus fameux dans leur capacité à respecter fidèlement cette Zone Autonome Temporaire où ils savaient bien vivre dans la confiance. Cf. Hakim BEY: L'Art du chaos.

De nos jours c’est toujours aussi désolant. Les nations et les hommes se donnent bonne conscience pour semer la mort afin d’apporter la soi-disant bienfaisante démocratie… une religion plus vraie qu’une autre à des peuples qui ne demandaient rien d’autre qu’on les laissassent en paix… Et avec leur trop tristement célèbre convention de Genève, un conflit est reconnu comme juste par des sages… aux mains ensanglantées ! Cf. si j’écrivais l’Histoire et Révolte, extraits de Solitude étrangère. (Voir table des Poèmes sur ce même site).

 

Révolte, détail.

 

 

Si j'écrivais l'Histoire

 

I

 

L’air du temps de ces jours semble étrange et me fuit.

 

Tout sature en ce monde : on construit, on élève

 

Un sordide univers où le fer et l’humain

 

S’entassent sans raison. J’imagine un demain

 

Les puissants de la terre… Et l’un d’entre eux se lève

 

Au cours du haut conseil au secret dans la nuit.

 

 

« Silence ! Écoutez-moi ! » S'écrit-il en grand frère ;

 

« Refusons tout espoir, de vaines illusions,

 

Qui donnerait sur l’heure à qui voudrait y croire,

 

Un retour de son dieu dans une immense gloire.

 

Il serait bon qu’enfin, sans crainte, nous osions

 

Reconnaître la mort comme point de repère !

 

 

II

 

Il est temps mes amis de nous entre-tuer.

 

Détruisons les nations, donnons du sens à l’homme ;

 

Il nous faut des martyrs, de prodigieux héros…

 

Mais aussi quelques vils et pauvres numéros :

 

Longue liste infernale de bêtes de somme,

 

Enfants, femmes, vieillards… Sachons sans fin tuer ! »

 

 

Alors qu’ils écoutaient — vénérable auditoire —

 

En un commun accord, au dernier mot lancé,

 

Tous ensemble debout, voici qu’on félicite

 

À l’unanimité l’offre sans plébiscite,

 

Où la guerre est pesée, où le mort est pensé…

 

La terre se nourrit du sang de son histoire.

 

Poème extrait du recueil Solitude étrangère. 

Il se retrouve aussi inséré dans l'œuvre théâtrale Comme une abeille hors de sa ruche…

écrits de Yves Philippe de FRANCQUEVILLE.

 

Dans de grands bureaux, la guerre se veut légitime, avec des moyens honnêtes en apparence. Cf. par exemple du bon usage de la grenade défensive : si elle est préfragmentée, elle tue trop, d’où son interdiction… Les fabricants d’armes ont trouvé la parade : une préfragmentation intérieure… Alors tout va bien… l’on peu massacrer dans les bonnes règles de la convention de Genève !

Il n’y a pas de guerre propre, ni de guerre juste… Encore moins de grande guerre. Que du sang et des larmes.

Deux chiens qui se mesurent : si l’un se met sur le dos pour avouer sa faiblesse, l’autre chien saura l’épargner…

Cf. Sun TZU, L’Art de la guerre. « L’art de soumettre sans combattre ».


Alors peut-être faut-il juste chercher le meilleur de soi-même ?


Les échecs : Un faux combat pour se mesurer. Une vraie guerre… un jeu qui n’en est pas un.

Sexe contre sexe : qui est le plus viril ? Les hommes qui n’ont pas assumé le fait de ne pas avoir de matrice aiment faire la guerre.

Les échecs ont un sens dans l’existence de chacun. Rechercher la victoire ou la défaite… se comparer ou s’estimer ?

Si l’autre est meilleur, dois-je le combattre ou puis-je apprendre à son contact ?

L’inconnu doit-il être rejeté, ou sera-t-il une source d’instruction ?

Qu’est-ce en effet qu’un échec ? Le grain qui meurt est-il un échec ?

N’ayons pas une lecture monolithique d’un fait. Le jeu des 24 caméras à 24 images par seconde ou celui des vingt décimales de la sémantique générale nous permettrait de saisir dans les faits — dans la nature des faits — un sens qui nous invite à une meilleure connaissance de notre moi. Le jeu d’échecs — se combattre pour mieux se mesurer — est finalement le triste rappel de notre état d’humain assoiffé de sang. Cf. La partie qui se joue dans comme une abeille hors de sa ruche, volume 3 du Cycle de l’Austrel par Yves Philippe de FRANCQUEVILLE :

 

"Yeph : — Bien sûr, voici deux monarques envoyant leurs citoyens bien-aimés s’entre-tuer pour désigner la meilleure société possible...

Puisqu’ils ont été élus pour cela, les deux se valent !

Vous êtes au centre d’une partie d’échec grandeur nature.

Un roi s’inclinera ce soir.

Le temps de remettre toutes les pièces en place et demain ou un autre jour, une nouvelle partie se jouera.

Les échecs, voilà peut-être la triste réalité du monde ?

Les pions, vous en trouverez autant que possible : de la chair à canons, avec des héros, des oubliés et des traîtres, qui finissent tous ensemble dans nos cimetières.

La noblesse, les cavaliers, sont toujours à sacrifier — avec art — en mesurant par le jeu des vanités le rôle à leur donner au profit des sages, des conseillers, ceux que l’on écoute, le temps de les remplacer par d’autres plus habiles, plus machiavéliques : les fous.

Si besoin, sans inquiétude les murs tomberont (cela donnera du travail aux survivants) : les tours

Enfin, pour forcer l’autre roi à s’incliner devant une grande habileté à guerroyer, si cela s’avère nécessaire — car en politique tout est envisageable — la reine pourra être répudiée : une mise à mort légitimée afin de gagner la partie… puisqu’un simple pion saurait la remplacer !"

 

Le jeu d’échecs est assurément formidable car, comme le dit Anatole France, « la guerre est une très bonne chose ».

 

© Yves Philippe de FRANCQUEVILLE. 

 

 

 Si j'écrivais l'Histoire…


 

© Pour le tableau Révolte, détail : Réalisation de Franck PASQUALINI pour le poème Révolte, dédié à Anatole FRANCE en mémoire de son roman : La révolte des anges.

© Pour le tableau de la pyramide humaine en décomposition cahotique, collage de Franck PASQUALINI pour le poème Si j'écrivais l'Histoire…

Deux poèmes extraits de Solitude étrangère, recueil écrit par Yves Philippe de FRANCQUEVILLE.

 Auteur : Yves Philippe de Francqueville



02/12/2010
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