Yves Philippe de FRANCQUEVILLE ou les prémices d\'une quête existentielle

Yves Philippe de FRANCQUEVILLE ou les prémices d\'une quête existentielle

Syndrome de la césarienne

 Note n° 228 développée et commentée, extraite de la première liasse par Yves Philippe de FRANCQUEVILLE :

 

Syndrome de la césarienne,

et petite relecture (dé)libérée du complexe OEdipien…


 

Avant l’apparition des religions dites aux Livres, lorsque ce choix critique se présentait — à savoir, si lors de l’accouchement on sauvait la mère ou l’enfant — il était de coutume de privilégier la vie de la mère plutôt que celle de l’enfant.

Cf. Georges DUMÉZIL, sur les origines de l’homme en société.

Ensuite (peut-être était-ce pour « punir » la femme de sa supériorité vis-à-vis de l’homme — en effet, elle possède ce qui  lui manque le plus : une matrice —) il fut décidé de préférer la vie de l’enfant à celle de la mère.

Depuis quelques milliers d’années, la femme est donc sacrifiée sur l’hôtel de la fécondité. Les religions ont réussi à la rendre coupable depuis fort longtemps d’une faute originelle et d’avoir ainsi apporté la souffrance aux hommes. Les politiques usent toujours avec habileté de cette légende pour dévaloriser son image.

Aujourd’hui, un grand nombre de femmes se vengent — souvent avec maladresse — en voulant s’affirmer comme égales de l’homme. Ridicule idée au dire d’Anatole FRANCE : comment penser avec intelligence que les hommes et les femmes sont égaux ? 

Il n’y a pas d’égalité… ne nous leurrons pas ! C’est comme dans les trois mots de la devise actuelle d’Haïti et de la France — datant pour cette dernière de 1880, période remarquable de la IIIème République  : une absence de liberté, pas de trace de fraternité et certainement pas d’égalité. Que d’illusion sous de belles paroles gravées sur le fronton des écoles, des mairies et des églises !

Non, nous sommes si différents : la femme a ses atouts que l’homme ne possède pas. C’est principalement cette force reproductrice qui fait de l’être féminin une reine. Depuis les origines de notre espèce animale, des modifications sensibles dans notre évolution sont à imaginer, sous les regards bienveillants des paléoanthropologues. Si nous y ajoutons un regard original porté lors du Banquet de PLATON — nettoyé et restauré des censures et modifications des copistes — la naissance du masculin singulier issu de l’être hermaphrodite primitif donnerait naissance à un homme sans matrice, juste porteur de la semence nécessaire à la fécondation de l’ovule, conservé par l’être femelle.

Si le mâle humain disparaissait de notre planète, serait-ce l’ère du Grand Manque, célébré par la bande dessinée de Christian GODARD et de Julio RIBERA ou bien notre race retrouverait ses origines hermaphrodites comme dans le livre Jurassic Park de Michael CRICHTON où les femelles dinosaures se suffisent à elles-mêmes pour se reproduire ?

Difficile dans cette société qui se raccroche encore à quelques branches mortes fragiles, d’affirmer que l’homme n’existerait pas sans la femme, alors que la femme sans l’homme peut se suffire ! Cf. le sulfureux roman de Pierre GRIPARI : La vie, la mort et la résurrection de Socrate-Marie Gripotard où la fin de l’humanité s’annonce par la naissance du surhomme ayant deux chromosomes Y.

Oui, notre société en est encore à promouvoir la journée de la femme comme à se cantonner à l’idée d’un ministère du droit de la femme… Actions saugrenues qui cachent une non considération des complémentarités de chacun pour nous enrichir mutuellement.

Ce serait à l’homme d’évoluer pour dépasser la frustration engendrée en lui par l'absence de matrice — afin de créer, lui qui ne peut pas procréer… Alors il serait bien moins enclin à faire la guerre ou à chercher la domination !

Pour les femmes, la gestion libérée de cette obligation d'être mère devrait aussi leur offrir la chance de ne plus tomber dans l’obsession d'assurer la survie de la race. Ainsi, détachées du principe de sacrifice, elles peuvent s’intéresser au beau et à la grande capacité créatrice qui se trouve en elles. Cf. Mademoiselle de CRAYENCOUR dite Marguerite YOURCENAR : « Mesdames, au lieu de faire des enfants en vous lamentant de ne pas être reconnues, créez : vous avez aussi en vous la possibilité d’écrire des livres ».

Oui, peut-être est-il venu le temps où la femme va cesser de donner naissance au « petit de l’homme » assoiffé d'un pouvoir dont on lui assure la légitimité. Va-t-elle se réveiller cette femme qui, au fil des siècles, s’est transformée en « mère porteuse » de juges, de rois, de dieux et de tyrans ?


Les histoires s’écrivent pour créer des vérités…

Comment devenir un homme unique et sacré — un dieu sur terre — sans sacraliser la matrice après sa naissance ? Il est envisageable alors pour certains de préférer la mettre à mort !

La tradition et les légendes vont prendre forme et s’appliqueront notamment dans le règne des empereurs romains où le césar — né par césarienne — détruit en naissant la matrice, par la mort de sa mère. Néron, en tuant sa mère, devient un césar. Agrippine aurait dit : « Frappe au ventre, c’est par là que tu es né. » Ce qui pourrait signifier : « Frappe au ventre, et maintenant tu nais. » De fils adoptif, il devient enfin fils de l’empereur et trouve sa légitimité. Néron est un césar. Il a tué sa mère pour accéder au pouvoir, avec la bénédiction de la justice des hommes.

Et depuis quelques millénaires, l’on explique aux femmes que c’est ainsi… elles doivent supporter le poids de leur responsabilité : donner naissance à l’HOMME.

Pour les psychanalystes classiques il semblerait plus juste que tous les petits garçons veuillent préférer tuer le père… Selon l’idée peut-être indéboulonnable de Sigmund FREUD autour du célèbre complexe d’ Œdipe

Ah Œdipe ! Grâce à toi, combien de kilomètres de rayonnages pleins d’ouvrages de toutes sortes se sont vendus au service de la vérité depuis une centaine d’années !

Cela mérite ici une petite digression…

Jean ANOUILH n’a pas démérité pour réécrire avec panache les tribulations de cette famille maudite révélée par le théâtre de SOPHOCLE.

Comment tenter de lire autrement cette histoire de la mythologie grecque ?

Comment proposer une autre vision des faits avec un dénouement différent sans se faire écarteler en place de grève pour charlatanisme ou pour propos hérétiques ?


Tentons de faire très court.

Voici le prince Œdipe : un jeune homme heureux, entouré de ses parents Polybe et Mérope.

Peu de séquelles (semble-t-il) liées à sa pendaison par les pieds, lui qu'on nomme en grec "pieds enflés"…

Un jour, la voix des dieux lui annonce qu’il tuera son père et qu’il couchera avec sa mère… et que c’est très mal !

Œdipe — qui se veut juste avec les oracles et sage avec les lois — décide de quitter le domicile familial afin d’éviter quelque drame.

Pour de multiples raisons contradictoires, chemin faisant, il aurait tué sur sa route un chef de voleurs, le chauffard qui avait refusé la priorité à son char… Là, c’est peut-être juste un point de vue journalistique ou les prémices du « romanquête » si cher à Bernard Henri LÉVY… Chacun raconte à sa façon — sans nécessairement être témoin — et se construit une vérité qu’il va falloir imposer aux lecteurs !

(Cette histoire aurait pu être oubliée mais au cours des siècles de procès contre Œdipe elle est une de ses plus grandes fautes que j’aime comparer au drame de L’Étranger d’Albert CAMUS : le fait que Meursault tue n’est pas le problème aux yeux de la justice… Ce n’était « qu’un arabe en Algérie ». Sa faute était tout autre. Pour Œdipe aussi, qu’il tue un chauffard, chef de voleurs n’est pas grave en soi ; mais que cet homme de mauvaise vie fut aussi le roi de la ville de Thèbes le rend coupable de crime de lèse-majesté).

Comme il a su chasser avec intelligence et habilité le Sphinx qui assiégeait la ville, Œdipe devient roi de Thèbes et naturellement épouse la reine Jocaste — jolie veuve — avec laquelle il vécut heureux entouré de quatre beaux enfants !

Tout semblait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles (aurait dit Pangloss), jusqu’à ce qu’une épidémie de peste menace grandement la survie de la population.

Comme toujours, par des temps critiques, l’on invoqua les dieux. Leurs laquais traduisirent pour le commun des mortels le sens d’une telle catastrophe : à qui incombe la faute ?

Jean de La FONTAINE nous a proposé quelques fables bien inspirées de l’antiquité grecque comme celle des Animaux malades de la peste où le coupable était toujours désigné avec grande sagesse.

Cette fois encore, l’oracle eut une idée lumineuse : le responsable de la colère des dieux sur le peuple est celui qui a tué le roi Laïos… ce triste sire déjà bien oublié du peuple, dont la vie sordide n’en a pas fait un héros légendaire.

Oh, c’est notre cher Œdipe qui est jugé comme celui par qui le malheur arrive.

Une douloureuse maxime bien ancienne — extraite du recueil de poèmes Shahnama, du poète iranien Abud el KASIM dit FIRDAUSI — nous prévient avec délicatesse : Ainsi sont les voies du destin en ce monde sévère : aujourd’hui on te met doucement en selle et demain tu auras la selle sur les épaules…

Ne dramatisons pas, tout problème exige une solution. Nos maîtres règnent pour nous assurer la sécurité, le manger et le plaisir. Le principe du risque zéro doit s’appliquer aussi. Si l'on ne trouve pas de logique immédiate à un drame, l’on utilise la peur des hommes pour offrir des sacrifices expiatoires : cela s'est vu si souvent dans l’histoire de l’humanité que l’habitude a fait loi. Rappelons juste le tremblement de terre de Lisbonne de 1755 si cher à François de VOLTAIRE où un bel autodafé reconnu d’utilité publique par les autorités civiles et religieuses allait certainement calmer le dieu puissant ! N’oublions jamais aussi des livres comme Mein KAMPF où, à travers ses théories lues sans trop frémir par des millions de futurs électeurs, Adolf HITLER propageait la certitude que les juifs étaient la cause du déclin de l’Allemagne…


Le sang qui coule apaise un peuple inquiet.


Comble de tout, dernière révélation : non seulement Œdipe serait l’assassin du roi Laïos — son père — mais il aurait en sus épousé sa propre mère…


Comment a-t-on pu en arriver là ?

L’histoire est à savourer dans la bande dessinée Œdipe à Corinthe de Joan SFAR et Christophe BLAIN où Socrate le demi-chien nous conte avec humour les aventures des dieux et des humains au temps de la Grèce antique.

Œdipe doit-il complexer d’avoir tué son père biologique et d’avoir épousé sa mère biologique ?

Savait-il ce qu'il faisait?

Victime ou coupable de son ignorance ?

Mais nul n’est censé ignorer les lois, fussent-elles mouvantes !

Certaines tribus d’il y a quelques siècles ont préféré la gouvernance de rois à celle de juges trouvés trop corrompus par le pouvoir… Leurs descendances ont chassés les rois pour de nouveaux tyrans, et toujours l’homme pleure de ne pas savoir penser et agir par lui-même.

Incapable de choisir la liberté, l’humain cherche des dieux et des maîtres pour obéir tout en râlant !

Que lui reproche-t-on en fait à ce pauvre Œdipe ?

Rien.

Rien si ce n’est autre que d’être l’objet choisi par l’oracle pour apaiser le peuple face à la peste dont il a peur.

Œdipe ne savait pas que Laïos était son père encore moins que la belle Jocaste fut sa mère, et c’est — rappelons-nous — avec la bénédiction des dieux et du peuple qu’il a régné sur la ville de Thèbes jusqu’au jour où l’on a souhaité juger mal ses actes !

Oh comble de l’ironie, les dieux comme leurs oracles et Pythies — qui batifolent et tuent dans l’Olympe et sur Terre selon leurs bons plaisirs — se plaisent à vouloir condamner Œdipe !

Une triste morale à deux vitesses qui fait de notre Œdipe roi un martyr. Il se crève les yeux devant sa mère poussée au suicide et le voici se condamnant à l’exil !

 

Merci les dieux et leurs fidèles valets de savoir désigner et mettre à mort celles et ceux qui bouleversent les plans établis pour tenir un peuple en esclavage.

L’histoire de la Genèse — à la source des principales religions de notre époque contemporaine — a servi de base pour les jeux d’autorités afin de justifier des lois et des interdits dont leurs auteurs se gaussaient.

 

Tuer la mère signifie vouloir être unique : briser le moule et créer sa légitimité sans autorité hiérarchique. L’enfant qui naît par césarienne légitime d’une manière inconsciente son autorité et devient un dieu puisqu’il a droit de vie et de mort sur sa matrice. Les médecins gynécologues préconisent de plus en plus la césarienne, parfois par simple confort ou pour une meilleure rentabilité des maternités, sans faire part du danger représenté pour la femme au delà de l'atteinte portée au corps. Les médecins hommes… qui n’ont pas de matrice !

Naître par césarienne aujourd’hui n’entraîne plus systématiquement la mort physique de la mère mais cela reste une mort symbolique par éventrement. La vie de l’enfant est considéré comme prioritaire et celle de la mère, secondaire.

L’homme a probablement régressé en pensant que la vie de l’enfant était préférable à celle de la mère. Briser la matrice, c’est empêcher une prochaine naissance.

Et un enfant sans mère est encore plus faible mortel.

 

Naître par césarienne aujourd’hui n’entraîne plus systématiquement la mort de la mère mais il ne s'agit pas d'un acte qu'il faille banaliser. Cf. le psychiatre Christophe MASSIN dans : Le bébé et l'amour; au chapitre naître par césarienne.

Il faut peut-être considérer avec attention chez l’enfant comme pour sa mère un risque réel de séquelles à venir, psychologiques notamment.

Un syndrome peut-être, le syndrome de la césarienne !

 

 

© Yves Philippe de FRANCQUEVILLE pour l'article.

 

 

© Franck PASQUALINI pour les peintures à retrouver dans la galerie

 

Notamment Celle de "la plume tueuse", réalisée pour illustrer le poème Regret, extrait du recueil Solitude étrangère, écrit par Yves philippe de FRANCQUEVILLE. 

Auteur : Yves Philippe de Francqueville



11/03/2011
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